Alt Text



Matières premières


Il est des regards qui n’ont pas besoin d’horizon pour respirer.
Cette série est une invitation à quitter la surface lisse de nos certitudes pour effleurer, du bout des yeux, la peau brute du monde. À travers ces images, le paysage oublie sa géographie pour n’être plus que vibrations : un territoire de textures, de silences et de métamorphoses. En basculant le regard à la verticale, la Terre se redresse comme une toile. Libéré de la sempiternelle ligne d’horizon et de nos repères habituels, le paysage s’affranchit de la mesure. L’espace s’abolit, devient vertige, mouvement où les échelles se confondent. Les limons d’une rivière qui se jettent dans l’océan deviennent les ridules d’un épiderme, une trace de tracteur dans un champ dénudé évoque le grain d’un papier calciné. Le lointain devient l’intime, et le spectateur s’égare dans cette équivoque

Tout ici est tension et équilibre. Les images de cette série se répondent dans un jeu d’oppositions fertiles, une grammaire visuelle du sensible : le mat et le vibrant, l’ordre et l’accident, l’ombre et l’empreinte.

Cette beauté brute et ces architectures silencieuses cachent une profonde vulnérabilité. Ce que l’oeil capture ici n’est pas immuable. À l’heure où nos civilisations imposent un développement insoutenable, pressant la Terre pour en extraire toujours plus, ces paysages deviennent le théâtre d’une métamorphose accélérée. Ces textures de limon, ces géométries de végétation et ces équilibres fragiles sont d’une troublante précarité. Le bouleversement climatique, l’avancée de la minéralisation, l’épuisement d’un sol, le tourisme global et l’industrialisation agraire peuvent effacer ces chefs d’oeuvre éphémères en un instant. Photographier ces matières, c’est aussi archiver la poésie d’un monde qui s’effrite sous la pression humaine. Chaque image devient alors un sursis, la trace fugitive d’un équilibre menacé entre la résilience de la nature et la morsure de l’époque.

matierers premieres

Matières premières résonne comme un retour à l’essentiel, une quête de l’élémentaire.
C’est la matière originelle — le limon fluide, la sable lourd, l’eau virevoltante, les ombres solaires — saisie dans sa vérité, juste avant qu’elle ne change, ne mute sous la main de l’homme ou ne disparaisse.
Entrer dans cette série, c’est accepter de ne plus chercher à nommer, à dater ou à situer. C’est accepter le mystère d’une forme pour ce qu’elle est, se laisser porter par la force de ses textures et la pureté de ses silences, se laisser envahir par le poème muet, graphique et précieux que la Terre écrit chaque jour à même sa peau, et que nous devons réapprendre à préserver.


Livre en prémaquette.