Recadrages Urbains

 

 

Centre Méridional de l’Architecture et de la Ville (CMAV) , Rue Saint Pantaléon, 31000, Toulouse, Avril-Mai 2007

 

 

L’architecture et la photographie entretiennent un lien complexe et rétroactif. Au sens étymologique, la photographie écrit avec la lumière , alors que « l’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière » (Le Corbusier). L’architecture participe à la formation de l’inconscient primitif de la culture spatiale de l’individu, notamment du photographe, et contribue donc à sa perception.
Pierre Bourdieu affirme qu’« on s’accorde communément pour voir de la photographie le modèle de la véracité et de l’objectivité (…) ; en fait, la photographie fixe un aspect du réel qui n’est jamais que le résultat d’une sélection arbitraire, et par là, d’une transcription : parmi toutes les qualités de l’objet, seules sont retenues les qualités visuelles qui se donnent dans l’instant et à partir d’un point de vue unique ». La photographie distinguant et composant à la fois le plus subjectif (le génie propre du photographe) et le plus objectif (l’enregistrement par l’objectif photographique), est sans doute le mieux à même de nous faire saisir comment se construit le regard, ce trait d’union entre le sujet et l’objet.
La réalité ne se réduit ni au sens réel objectif, ni aux seules représentations subjectives que nous en faisons. La réalité se constitue, au fil du temps et en terme d’espace, dans un trajet perpétuel en va et vient entre le sujet et l’objet : une trajection qui s’exprime en configuration culturellement et historiquement typées (Berque)

 Le recadrage, ce découpage arbitraire (avec souvent des morceaux hors-champ) ou re-présentation (une présentation particulière sous un certain angle, avec une certaine lumière…), participe à la fois à la (re)construction (avec des interférences et de fortes rétroactions entre objet photographié, et photographe), et à l’interprétation (la complexité des représentations de la réalité physique du monde). Cette vision fragmentaire de la totalité urbaine sélectionnée par mon regard peut ouvrir à une multiplicité des paysages urbains : pour une même matérialité, plusieurs représentations sont possibles. Cette distanciation contemplative permet de lire les formes spatiales urbaines dans une dimension temporelle élargie : à la fois le résultat de la sédimentation urbaine passée, et le champ des possibles développements urbains futurs, dans une subjectivité du regard qui construit le paysage urbain. Formes, ambiances et matières architecturales ou urbaines convoquent des imaginaires et appellent à des images où perce la prégnance des symboles humains.

Ce travail vise ainsi à extraire les dimensions imaginaires ou mythiques du paysage urbain : ouvrir les yeux du spectateur par le langage des lieux. Il vise à créer une ville des symboles, rendant possible une autre spatialité poétique et mystique (Certeau)  . Construire « le décor d’une mythologie quotidienne, un espace de la mémoire » (Ralph Eugène Meatyard).

 

 

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